Sotchi aura été, l’instant d’un sommet Russie-Afrique, l’épicentre de l’actualité mondiale. Toutes les attentions ont, en effet, convergé vers cette cité balnéaire qui, du 22 au 24 octobre, a réunit autour de Vladimir Poutine près d’une cinquantaine des Chefs d’Etat et/ou de gouvernements africains.
Pour les Etats d’Afrique, l’intérêt était manifeste pour autant que ce forum constitue une nouvelle fenêtre d’opportunités qui s’offre dans leur quête des ressources additionnelles à affecter au service du développement. L’intention de Moscou sur l’Afrique est donc bien claire : revenir sur le continent noir après presque trois décennies d’un retrait qui, à la longue, s’est avéré contreproductif.
Le challenge de Vladimir Poutine consiste, pour l’heure, à inverser une tendance plutôt favorable à l'Occident et à la Chine désormais enracinés en Afrique via des investissements porteurs et bénéfiques. Premier exportateur d’armes vers l’Afrique grâce notamment au marché égyptien, Moscou annonce là son intention de reprendre pied sur un continent d’où il s'est retiré depuis la chute de l'URSS, laissant quartier libre à la Chine et aux pays occidentaux qui ont acquis plusieurs longueurs d'avance. En courant derrière un train déjà lancé à vive allure sur le continent africain, la Russie tente, par le biais de ce sommet, de se rapprocher davantage des Etats africains dans un contexte marqué par l’influence asiatique et occidentale qu’elle est appelée à détruire pour « exister ».
La République démocratique du Congo (RDC) n’est pas en reste dans la nouvelle dynamique relationnelle russo-africaine qui se met en place. Représentée à Sotchi au plus haut niveau par le Chef de l'Etat, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le pays veut tirer la meilleure partie de sa participation à ces assises. L’enjeu ici est de consolider les acquis déjà perceptibles en termes de coopération bilatérale déjà remise en selle depuis l’ancien régime. C’est depuis fin 2017, en effet, que le partenariat stratégique entre la RDC et la Russie a été relancé. Il s’était cristallisé autour des projets ciblés notamment dans les domaines des mines, de l’agriculture, de la banque et des assurances. La Russie a, par ailleurs, accepté d’appuyer (en spécialistes, vaccins et matériels médicalisés) la riposte amorcée par la RDC contre la maladie à virus Ebola. Elle avait récidivé ensuite en donnant son accord de principe pour l’augmentation du quota de bourses d’études du gouvernement russe octroyés aux étudiants congolais.
Si elle est entrée en Centrafrique par le biais militaire, Moscou entend refaire le même scénario en RDC qui a tout intérêt à se refaire pour redevenir la puissance militaire africaine qu’elle était autrefois. C’est non sans intérêt que l’Assemblée nationale avait longuement épilogué sur la Convention de coopération militaire russo-congolaise de 1999 longtemps restée lettre morte. L’on croit savoir que la présence à Sotchi de Félix Tshisekedi permettra de remettre au goût du jour ce document en ce moment où Moscou est en train de multiplier des accords de coopération militaire et d’intensifier le déploiement de ses conseillers militaires essentiellement privés dans plusieurs Etats africains.
Sur le plan économique, des investisseurs russes lorgnent déjà sur le barrage hydroélectrique Inga III. Le Congo qui détient la moitié des réserves mondiales du stratégique cobalt devrait logiquement intéresser les investisseurs russes. Ces derniers qui estiment qu’aujourd’hui les perspectives sont bonnes, se disent déjà prêts à apporter leurs capitaux dans les secteurs de l’électricité, des mines, de l’agriculture, etc.
Comme en Belgique, aux Etats-Unis ou encore au Japon, Félix Tshisekedi s’est adonné au même type d’opération séduction pour concrétiser ce qui, à l'heure actuelle, ne sont que des chapelets de bonnes intentions non encore assorties d’accords formels. La RDC attend beaucoup de Moscou qui tient à doubler d’ici cinq ans ses échanges avec le continent. Le processus de sa régénérescence en tant qu’un Etat-nation qui compte sur l’échiquier international dépendra aussi, quelque part, des retombées économiques de Sotchi.