Après moult tergiversations, le dossier relatif à la désignation du porte-parole de l’opposition refait surface. Les lignes sont effectivement en train de bouger au sein de l'opposition parlementaire qui appréhende aujourd’hui la portée d’un tel poste dans le microcosme politique congolais. Après avoir raté le coach en 2006 et 2011, elle entend, cette fois-ci, donner un contenu réel à l’article 18 de la loi n°7/008 du 4 décembre 2007 portant statut de l’opposition, en se choisissant librement son représentant. Mais pour y arriver, les bureaux de deux chambres du Parlement (Assemblée nationale et Sénat) sont appelés à actionner le mécanisme conformément à l'article 19 de la loi susdite en facilitant la désignation, par consensus, du porte-parole de l’opposition. Ce qui, pour l’heure, est loin d’être fait au grand dam des députés et sénateurs de l'opposition décidés d’en finir au plus vite avec ce dossier éminemment politique.
D’où la hargne du groupe parlementaire MS-G7 exprimée dans une récente lettre adressée aux présidents de deux chambres du Parlement invités à prendre des dispositions utiles pour organiser, dans les meilleurs délais, la nomination du porte-parole de l’opposition. Les groupes parlementaires de l'opposition ayant déjà été identifiés dans les deux chambres législatives et le gouvernement de la République étant investi depuis le 7 septembre dernier, rien assurément ne peut empêcher, à ce stade, la mise en branle de la facilitation attendue des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat pour régler définitivement cette question.
Dès lors, continuer à tergiverser comme l’a fait le régime précédent qui redoutait la régénérescence de l opposition après l’avoir laminé en affaiblissant politiquement ses leaders, n’est pas du tout bénéfique pour Félix Tshisekedi.Celui-ci a tout intérêt à ne pas marcher sur les platebandes de son prédécesseur, pensent des analystes qui l’exhortent, à contrario, à afficher sa marque dans la gestion de cette problématique. Le fait, pour lui, de favoriser l’avènement dans l’espace politique congolais d’un porte-parole de l’opposition a l’avantage de consolider son statut de démocrate tout en exaltant son penchant républicain.
Dans ses dernières interventions médiatiques, le président de la République a réaffirmé son engagement à concrétiser ce qui, hier encore, relevait d’une simple vue de l’esprit. « C'est important d'avoir des interlocuteurs qui ne pensent pas comme nous et qui vont nous aider, par leurs critiques constructives, j'espère, à aller de l'avant et à faire avancer le pays », avait-il déclaré au détour d’une interview accordée à radio Vatican. En tout état de cause, Félix Tshisekedi est d’avis que c’est le pays qui gagne dès lors que l’opposition jouera à fond son rôle de censeur vis-à-vis du pouvoir dans une approche républicaine qui privilégie le débat d’idées. D’autant plus que la personnalité consensuelle attendue aura la charge de fédérer l’opposition plurielle pour mener, dans un élan constructif, le combat de l'instauration d'un État de droit. Vu que l’opposition politique est reconnue en RDC et que les droits liés à son existence, à ses activités et à sa lutte pour la conquête démocratique du pouvoir sont sacrés, elle ne peut qu’être sous la protection du législateur en vertu de l’article 8 de la Constitution. En ouvrant le champ politique, Félix Tshisekedi ne craint pas le retour de la manivelle parce que disposé à affronter ses adversaires politiques à la loyale et selon les règles de l’art.
Cependant, au niveau de l’opposition en général et parlementaire en particulier, la tendance est plutôt à l’impréparation nonobstant la pression mise sur les bureaux de deux chambres du Parlement. Les trois groupes parlementaires actifs à l’Assemblée nationale, à savoir AMK et Alliés, MLC-ADN et MS-G7 semblent évoluer en ordre dispersé, sans une coordination à la base susceptible de générer un consensus quant à la désignation du porte-parole de l’opposition. A défaut de ce consensus, le porte-parole de l’opposition, qui n’est pas obligé d’être nécessairement parlementaire, est élu par vote au scrutin majoritaire à deux tours dans le mois suivant l'investiture du gouvernement, par les députés nationaux et les sénateurs membres de l'opposition politique, précise la loi portant statut de l’opposition.
C’est ici que les « romains » vont, décidément, s’empoigner. Car à observer les tendances à l’Hémicycle, la plate-forme « Ensemble pour le changement » de Moïse Katumbi tient le haut du pavé en termes d’effectif des députés nationaux (69 sur les 102 que compte l’opposition parlementaire). L’ex-gouverneur du Katanga est donc théoriquement mieux placé pour occuper ce poste, du reste taillé à sa mesure. Les dessous des cartes au sein de la plate-forme « Lamuka » où chacun des leaders nourrit ses propres visés par rapport aux échéances électorales de 2023, risquent de plomber toute perspective d’unité au sein de l’opposition parlementaire, en plus des égos déjà difficiles à gérer entre eux. L’unité de façade souvent affichée en public ne l’est finalement que pour le besoin de la consommation extérieure.