Il n’y avait pas meilleur hommage que ce bout de phrase de Félix Tshisekedi. Une manière, pour lui, de rendre l’ascenseur au pays qui a forgé sa conscience d’homme et avec lequel il n’a jamais coupé le cordon ombilical. Depuis 1985, il est à cheval entre Kinshasa et la capitale belge. Ces propos du Chef de l’Etat congolais tenus ce week-end sur le plateau de TV5 Monde dans sa tranche télévisée « Internationales » alors qu’il bouclait son séjour bruxellois de cinq jours, n’ont rien d’une prime au paternalisme européen, ou encore d’un quelconque assujettissement auquel seraient astreints les Etat africains vis-à-vis de leurs anciennes puissances coloniales.
Tout en comprenant le désir d’affranchissement de la tutelle occidentale qu’éprouvent certains de ses collègues Chefs d’Etat, nostalgiques d’une époque coloniale déjà révolue, Félix Tshisekedi voit les choses autrement. Dans le contexte de globalisation qui réduit l’univers à un village planétaire, il prône l’égalité des peuples soutenue par un partenariat gagnant-gagnant. « Je ne vois pas comment nous pouvons vivre en autarcie sans partager les expériences des autres », dixit Félix Tshisekedi. Il se veut le défenseur d’une interaction entre les nations avec, à la clé, une coopération agissante qui place l’amitié au centre de tout.
Avec la Belgique, c’est tout une autre histoire. Pour Félix Tshisekedi, tout l’enjeu consiste à arrondir les angles pour trouver le point d’équilibre dans les relations belgo-congolaises qu’il veut sereines et sans nuages. « Je suis là pour dire aux belges que leur place est au Congo. Sous mon ère, je ne voudrai pas des tensions avec la Belgique ». Une profession de foi que justifie un sentiment enfoui dans son subconscient, celui d’être chez lui, dans son autre Congo. « Je ne me vois pas être en conflit avec moi-même ». C’était tout dire.
Aux velléités indépendantistes que revendique un pays comme le Ghana qu’il reconnait avoir atteint un niveau de performance économique, le Congo ne peut pas, de son avis, s’offrir le luxe de se délester de ses partenaires européens. « Nous n’avons pas la même situation », s’enquit aussitôt le successeur de Joseph Kabila. C’est sur les reformes, du reste insuffisantes, entreprises par son prédécesseur que Félix Tshisekedi entend embrayer pour dit-il, permettre au pays « d’aller de l’avant ». Et de mettre aussitôt un bémol : « Pour le moment, nous avons besoin d’aide et le jour où nous dirons que nous n’en avons pas besoin, ce ne sera pas par méchanceté, mais par amitié ». Et ce jour où le Congo pourra voler de ses propres ailes arrivera à coup sûr. Le Chef de l’Etat congolais en est vivement convaincu. En attendant, la normalisation avec l’ex Métropole est matérialisée par la signature de plusieurs mémorandums d’entente, quand bien même la vraie politique de coopération attendue avec la Belgique sera le fait du prochain Gouvernement belge.
Au chapitre économique, Félix Tshisekedi s’est affiché tel un Chef de l’Etat porté vers l’avenir de son pays, concentré sur ses priorités et qui veut vite tirer un trait sur le passé. « Aujourd’hui, les congolais veulent la paix et la sécurité », a-t-il déclaré, allusion faite à la fixation faite notamment sur les présumés détournements imputés à l’actuel Administrateur-Directeur général de la Gécamines. Cette question, a-t-il dit, est du ressort des instances habilitées. Mêmement pour le dossier des officiels congolais sous sanctions européennes. Son plaidoyer pour la levée desdites sanctions tiennent à l’évolution positive de la situation politique en RDC qui, dans l’entretemps, a connu sa première alternance pacifique au pouvoir. Toutefois, a-t-il nuancé, ceux qui sont sanctionnés pour violation des droits de l‘homme, ne peuvent pas compter sur son appui. Il ne les défendra pas.
UNE JUSTICE INDEPENDANTE
« Nous voulons instaurer un Etat de droit qui implique une justice indépendante », a souligné le cinquième président du Congo indépendant qui refuse de se substituer aux Cours et tribunaux notamment sur la sulfureuse affaire de 15 millions des dollars qui, à l’en croire, s‘inscrit dans le cadre des « retro commissions », une pratique qu’il entend combattre de toutes ses forces avec, en prime, la lutte contre la corruption qui passe nécessairement par un changement véritable des mentalités. La création de l’agence de lutte contre la corruption dotée des « pouvoirs bien précis » répond justement au souci de moralisation de la vie publique qui accapare désormais Félix Tshisekedi dans un Congo qui flirte avec le mal et banalise la corruption. Dans ce nébuleux dossier de 15 millions, il appartiendra à la justice de faire son travail pour découvrir le pot aux roses.
Quant aux crimes économiques, Félix Tshisekedi s’est dit disposé à ce qu’on ouvre la boîte à pandore en remontant le temps, si possible, jusqu’à la période de l‘AFDL, voire de l‘indépendance, question de rétablir la vérité historique et les responsabilités. Et de faire observer à ce sujet qu’il y a eu de nombreux méfaits imputés gratuitement à l‘armée nationale et à ses haut officiers, sans toutefois les dévoiler par devoir de réserve.
Egrenant succinctement sa politique économique basée, entre autres, sur la diversification, Félix Tshisekedi a souligné l’impérieuse nécessité de mettre de l‘ordre dans un secteur économique aujourd’hui marqué par les fluctuations des cours des matières premières sur le marché international. Encadrer les creuseurs artisanaux ainsi que les coopératives et tracer leur production etc, fait partie des actions qu’entend entreprendre Félix Tshisekedi, soucieux de voir la RDC fixer par elle-même le cours du cobalt et d’autres minerais.
Le temps est venu pour la RDC, nonobstant son déficit énergétique criant, de diversifier son économie, de transformer ses matières premières, de vivre des produits extraits de ses propres mines. Un vœu à inscrire dans la durée, mais qui n’empêche pas de lorgner ailleurs, vers l’agriculture par exemple qui, à en croire Félix Tshisekedi, peut régler le problème de la pauvreté avec l’autosuffisance alimentaire, permettre au pays d’exporter et renflouer les caisses du Trésor. Une manière pour lui de confirmer son désormais slogan : « La vengeance du sol sur le sous-sol ». A suivre.