Afrique

Cooperation Belgique-Rdc

16 septembre 2019
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C’est par la Belgique que Félix Tshisekedi effectue ses premiers pas en Occident. Pour le cinquième président du Congo indépendant, sa visite dans l’ex-métropole revêt une symbolique de taille. Outre le statut privilégié de la Belgique – elle abrite les institutions européennes -, et l’histoire à la fois lointaine et présente qu’elle partage avec son ex colonie, le Chef de l’Etat congolais avait de bonnes raisons de débuter sa croisade européenne par Bruxelles. L’invitation lui lancée par les autorités belges est venue, comme qui dirait, enfoncer une porte déjà ouverte. 

Félix Tshisekedi qui n’est qu’à son neuvième mois d’exercice du pouvoir, est en quête d’une légitimation plus large à l‘International. Et dans ce processus, l’Europe qui passe pour l’un de ses principaux partenaires au développement, ne pouvait que figurer en bonne place dans son agenda. De la sorte, la normalisation avec l’ancienne Métropole passait pour une priorité, vu le statut stratégique dont jouit Bruxelles en tant que siège des institutions européennes. Pour avoir dans son giron les vingt-huit capitales des États de l’Union européenne (UE) et espérer remettre en selle l’appui budgétaire direct dont la RDC s’est délestée, malgré elle, depuis des lustres, la Belgique était la voie obligée. 

D’une pierre deux coups, Félix Tshisekedi devrait aussi normaliser avec l’Europe. Le contexte s’y prêtait. Ses signaux positifs émis depuis son avènement à la tête de la RDC étaient appréciés à leur juste mesure (réouverture de la Maison Schengen débaptisée Centre européen des visas et retour de l’ambassadeur européen à Kinshasa). Aussi, sa rencontre avec le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker n’était, en somme, qu’une simple formalité puisque les derniers verrous qui obstruaient toute velléité de normalisation avaient sauté tout naturellement. 

Passons. La chaleur ayant caractérisé l’accueil, le 16 septembre, à Bruxelles, du Chef de l’Etat congolais, est révélatrice de l’agacement des belges à continuer d'entretenir une guéguerre contreproductive et ennuyeuse avec Kinshasa. Privilégiant les intérêts de leurs peuples respectifs, la Belgique et la RDC ont émis des signaux de rupture d’un passé tumultueux qu’elles veulent oublier au plus vite. L’accueil réservé au rejeton du « lider laximo » par la Belgique officielle était, en soi, tout un message.  Tapis rouge, honneurs militaires, hymnes nationaux, revue des troupes, réception par le roi Philippe etc., tout au plan protocolaire était un indicateur à l’apaisement. L’ère glaciaire des tiraillements entre Kinshasa et Bruxelles est bien si loin. Un sombre passé que nul ne voulait ni évoquer, ni se souvenir. 

L’heure est donc à la redynamisation de la coopération à l’arrêt depuis 2015. En témoigne, la signature entre les deux parties, de trois mémorandums d’entente (MoU) ainsi que des lettres d’intention avec, à la clé, plusieurs accords de coopération : réouverture, de part et d’autre, des consulats (belge à Lubumbashi et congolais à Anvers), définition d’un programme transitoire de coopération au développement après la suspension des activités de l’agence Enabel, relance de la coopération en matière de finances s’étendant jusqu’aux banques centrales respectives etc. A cette énumération laconique, il faudrait insérer la tenue régulière de consultations politiques bilatérales, la remise en place d’ambassadeurs dans les deux pays, l’appui à l’Ecole nationale de l’administration  à Kinshasa, la formation de diplomates congolais, le protocole de collaboration entre le port d’Anvers et son équivalent de Matadi etc. La liste est loin d’être exhaustive.  

 

S'il est vrai que sur le plan financier, aucun engagement n’a été pris – le gouvernement belge étant en affaires courantes -, le plus important aura été, pour Félix Tshisekedi, d’avoir balisé la voie à une relance effective de la coopération avec la Belgique qu’il veut profitable à plus d’un titre à ses compatriotes. Tout le défi pour lui consistera dorénavant à maintenir la dynamique de changement engagé dans le pays pour donner un peu plus de gages de crédibilité et espérer attirer des investissements belges lesquels restent néanmoins assortis de quelques conditionnalités. En effet, le patronat belge n’est pas prêt à lui donner un chèque en blanc. Il attend de lui des signaux positifs dans le cadre de la stabilité politique, de la stabilité macroéconomique, de la bonne gouvernance et de l’amélioration des conditions de vie des congolais. 

Heureusement, pour Fatshi, les prémices au pays sont plutôt bonnes en termes d’indicateurs sécuritaires et macroéconomiques, mais aussi, d’environnement sociopolitique. Face aux tergiversations du Patronat belge, Félix Tshisekedi ne pouvait qu’avoir le verbe haut et un discours de recadrage en guise d’exhortation :    « Le Congo d’aujourd’hui est un Congo nouveau, et ce Congo attend de la Belgique un accompagnement. Dites-vous bien qu'en restant de côté, en nous regardant faire, vous ratez aussi des opportunités ». Une interpellation qui n’a pas manqué de faire tâche d’huile. 

A tout prendre, un premier palier vient donc d’être franchi par Félix Tshisekedi dans son opération de charme vis-à-vis de la Belgique et, partant,  de l’UE, quitte à démocratiser un peu plus et à améliorer l’environnement des affaires par l’institution d’un cadre légal incitatif pour mieux appâter des investisseurs belges encore dubitatifs.