Le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a ouvert, le 6 septembre 2019, la cinquième édition du forum « Makutano » au Pullman Hôtel /Kinshasa. La présence à cette journée inaugurale de son homologue nigérien Mahamadou Issoufou, de l’ex-président du Ghana John Dramani Mahama, de la présidente honoraire du Liberia, Ellen-Johnson Sirleaf, et de la star du football international Samuel Eto’o, aura donné un éclat particulier à ce forum annuel qui réunit les experts, les entrepreneurs ainsi que les décideurs publics autour des enjeux économiques et du développement du continent.
« Booster la croissance et la compétitivité de la RDC, leviers innovants », telle est la thématique autour de laquelle s’est circonscrite la réflexion de ce forum – la cinquième du genre – qui se donne pour ambition d’interroger le modèle sur lequel le Congo entend s’appuyer pour bâtir son avenir. L’un des moments-clé de cette première journée aura sans doute été l’allocution du Chef de l‘Etat dans laquelle il eut à égrener sa vision du Congo qu’il veut voir affranchi des clichés réducteurs et abaissants lui accolés souvent à tort.
Devant une assistance hétéroclite composée des chefs d’entreprises, des leaders d’opinion ainsi que des acteurs privés et publics représentant l’échantillonnage d’un continent en mouvement, Félix Tshisekedi s’est, d’emblée, livré à un exercice de projection sur le Congo « dans une Afrique assise sur l’or et le blé mais paradoxalement toujours à la traine ». Evoquant les objectifs du Millénaire pour le développement à l’horizon 2015, le continent noir est, de son point de vue, nettement passé à côté, cloitré dans sa pauvreté extrême avec environs 46% de ses citoyens se contentant des revenus inférieurs à 1.25 USD par jour en plus d’une faible productivité.
Seuls deux des objectifs du Millénaire ont connu un net succès en Afrique, en l’occurrence, l’éducation sociale pour tous incluant la parité et la réduction du taux de prévalence du VIH/Sida chez les jeunes, a-t-il fait observer tout en mettant un bémol, à savoir que « ces avancées ont été rendues possible grâce à un soutien accru des fonds mondiaux dédiés à ces deux secteurs ».
Choisir un modèle de développement
D’où son exhortation à des questionnements visant à identifier les vraies causes des contre-performances de l’Afrique dans le concert des nations. La RDC n’est pas épargnée de cette asthénie collective qui gangrène le continent. Le pays affiche, d’après Félix Tshisekedi, des résultats du développement globalement inférieurs à la moyenne africaine. Il propose néanmoins une recette pour dénouer le nœud gordien. « L’essor de la RDC, son développement intégral et harmonieux passe inexorablement par la promotion d’un secteur privé performant, responsable et engagé, qui portera l’essentiel des progrès attendus dans tous les secteurs de la société », a-t-il précisé avant d’ajouter sur un ton ferme : « Nous devons choisir librement le modèle de développement que vous voulons et nous en approprier pleinement ».
Parlant de la jeunesse congolaise – un véritable levier de développement si elle est bien encadrée -, Félix Tshisekedi a exprimé ses inquiétudes face à l’afflux des jeunes pourtant censés être des forces productrices dans leurs milieux d’origine, vers les grands centres urbains, vidant presque les milieux ruraux. Moralité : la RDC importe aujourd’hui près de 90% des produits de consommation de base alors qu’elle dispose d’atouts en termes de main d’œuvre pour s’auto suffire sur le plan alimentaire. Félix Tshisekedi veut inverser la tendance. Tout un challenge. Sa stratégie est toute simple : améliorer les conditions de vie dans des milieux ruraux à travers des investissements dans le secteur agricole (infrastructures, zones agro industriels etc). Il y croit fermement.
Dans le même ordre d’idées, le premier d’entre les congolais a émit le vœu de voir les fils et filles de la RDC être les premiers concernés en matière d’investissements, un créneau livré à la merci des expatriés qui contrôlent plus de 80 % de l’industrie, mais aussi, le commerce formel et l’essentiel de l’impôt mobilisé par le pays. Une situation qui, de l‘avis de Félix Tshisekedi, traduit l’insuffisance de l’appropriation de l’économie par les nationaux. Loin de remettre en cause la présence des étrangers qui sont les bienvenus en terre congolaise, il en appelle à l’appropriation, par les congolais eux-mêmes, de leur économie et de leur propre développement.
S’approprier l’économie nationale
C’est dans ce cadre qu’il faut insérer son sempiternel credo visant la promotion des jeunes entrepreneurs congolais dans toutes les provinces. Un fond de garantie pour l’entrepreneuriat des jeunes est en cours de création, a-t-il indiqué, toujours obsédé par le souci de restaurer une classe moyenne en RDC constituée par cette catégorie de la population. Aussi des mesures fortes et incitatives seront prises quant à ce, a-t-il annoncé. « Mon ambition est d’œuvrer pour l’émergence de plusieurs millionnaires congolais », a-t-il révélé sous un flot d’applaudissements. Félix Tshisekedi milite également pour une éclosion des PME et PMI à travers le pays pour créer de l‘emploi.
Par ailleurs, la relance de la croissance et l’appropriation de l’économie par les congolais passe, selon lui, par le relèvement d’un triple défi, à savoir, celui des capacités, du financement et, surtout, celui lié à la volonté politique d’œuvrer pour l‘intérêt de la nation dans un monde ouvert. Il s’agit respectivement ici, de multiplier les centres de formation professionnelle pour résorber le déficit en mains d’œuvre qualifié déploré dans des nombreux secteurs de la vie nationale, de faire de la promotion du capital humain une grande cause nationale, de relever le taux de bancarisation du pays et d’améliorer le climat des affaires. Sur ce dernier sujet, Félix Tshisekedi a rassuré les entrepreneurs de son implication personnelle dans la lutte contre les tracasseries auxquelles ils sont assujettis de la part des services de l’Etat.
Et d’annoncer, dans la foulée, la tenue imminente d’une table ronde sur le climat des affaires pour, non seulement écouter leurs desideratas, mais aussi, pour mettre en place des reformes susceptibles d’améliorer le climat des affaires en RDC.