La cinquième édition de Makutano, ce vaste réseau d’affaires qui a pour vocation, de rénover le dialogue entre acteurs économiques congolais d’une part, et entre acteurs économiques et institutionnels d’autre part, aura été un grand moment de partage et de communion autour de l’idéal du progrès auquel aspire le continent africain. Une édition qui a eu la particularité de rassembler plusieurs têtes couronnées du continent représentant diverses spécialités, mais aussi, des Chefs d’Etat, des chefs d’entreprises, des leaders d’opinion etc.
Une édition qui se sera distinguée finalement par la qualité de son contenu symbolisée par la diversité de ses thématiques gravitant essentiellement autour des enjeux du développement d’une Afrique qu’on ne veut plus voir être à la traine du monde. Le temps est venu d’explorer les filières peu ou pas exploitées en termes de développement durable, mais aussi, des marchés des capitaux, d’industrie culturelle, sportive, de santé, de formation des jeunes etc, afin de donner un sens à l’ambition légitime des africains de prospérer sur le sol de leurs aïeux.
En honorant ces assises par leur présence, le président nigérien Mahamadou Issoufou, l’ex-président du Ghana John Dramani Mahama, la présidente honoraire du Liberia, Ellen-Johnson Sirleaf, ainsi que la star internationale du football, Samuel Eto’o, ont davantage renforcé le crédit déjà palpable dont jouit ce forum considéré comme le creuset d’où jaillissent des idées qui permettent d’entrevoir l’avenir de l’Afrique avec optimisme.
Posant les bases des discussions qui allaient sous-tendre la réflexion collective au cours de ces assises, le Chef de l’Etat, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, s’est interrogé, dans son discours d’ouverture le 6 septembre 2019 au Pullman hôtel/Kinshasa, sur les raisons des contreperformances de l’Afrique dans l’atteinte des objectifs de développement à l’horizon 2015. Une situation, à ses yeux, inexplicable pour un continent « assise sur l’or et le blé mais paradoxalement toujours à la traîne ». L’heure devrait être aux questionnements visant à identifier les vraies causes de ce déficit de résultats afin de projeter le futur avec sérénité. Tel aura d’ailleurs été l’enjeu principal de ce forum du reste bien résumé par sa thématique : « Booster la croissance et la compétitivité de la RDC, leviers innovants ».
QUID DE L’IMAGE PAYS ?
Après la cérémonie inaugurale, place à la réflexion, ou mieux, aux échanges à travers les différents panels et autres tables rondes bien cloisonnés dans les différentes salles du Kempisky hôtel. Il y en avait pour toutes les thématiques. « Là où l’Afrique se rencontre ». Le slogan était bien à propos et traduisait toute la vitalité d’un continent porté par l’espérance de ses fils et filles déterminés à modifier son image et son positionnement à l’échelle internationale.
C’est ici que le panel sur « l’image pays et benchmark ; quittons le passionnel », trouve tout son sens dans la mesure où il a été question de réfléchir sur les stratégies innovantes susceptibles de modifier le cliché négatif dont souffre l’Afrique telle que vue de l’extérieur. Un déficit de confiance qui nuit malheureusement aux investissements étrangers. L’image peu flatteuse d’une Afrique de poubelles, d’enfants faméliques, d’un continent qui n’a jamais rien inventé, ne peut qu’être brisée par les africains eux-mêmes, à en croire Alain Foka, journaliste à RFI et spécialiste des questions africaines. Les africains, a-t-il dit, devraient se faire leurs porte-voix en communiquant sur cette autre Afrique, celle des inventeurs et des génies-créateurs à travers leurs propres médias. D’où son plaidoyer pour l’émergence des chaines audiovisuelles proprement africaines destinées à positiver l’image du continent en lieu et place des médias étrangers souvent nourris des à priori.
Abondant dans le même sens, Mme Lydie Omanga a relevé la place prépondérante censée être celle du Président de la République en tant que Premier ambassadeur du pays. « Il est censé véhiculer, à travers sa personne, l’image de la RDC », a expliqué la conseillère en communication du Chef de l’Etat. Dès son avènement à la tête du pays, s’enquit-elle, le Président de la République s’est immédiatement rendu dans les pays limitrophes de la RDC pour rassurer ses homologues de la région sur les rapports de bon voisinage qu’il entendait entretenir avec leurs Etats respectifs, dans une perceptive d’unité, de concorde et de paix. En interne, a-t-elle ajouté, l’image pays s’est construite naturellement autour de la décrispation politique, de la liberté d’expression, du come back des exilés politiques etc.
Mais cette image d’une RDC requinquée et revitalisée est à inscrire dans la durée, a-t-elle nuancé, prenant pour exemple, les procédures auxquelles sont assujetties son département concernant notamment la certification du compte twitter de la Présidence, ou encore, de son site internet en reconstruction. Le besoin de se conformer à ces exigences procède de la vision du renouveau de l’actuel leadership national qui tient à faire les choses correctement, en veillant sur les détails, pour être en phase avec les standards internationaux en la matière. Parlant du Numérique, Mme Lydie Omanga s’est dite partisane de l’approche « cohérence de vérité » dans un environnement de plus en plus digitalisée qui ne laisse aucune place à la manipulation politique.
Le Directeur général de l’Agence nationale pour la promotion des investissements (ANAPI) a, quant à lui, insisté sur la nécessité de mettre à la disposition du public la bonne information (si elle existe) de sorte à redonner la place à la vérité souvent tronquée pour des visées inavouées. Il a aussi insisté sur la présence des autorités congolaises partout, à travers le monde, où se discute le sort de leur pays afin de recadrer, s’il en faut, certaines faussetés distillées contre la RDC. Le professeur Yoka Lye Mudaba, a mit l’accent sur l’accompagnement de la culture dans la dynamique de modification de l’image du continent tout en exhortant à une réelle appropriation, par les jeunes africains, de leur culture et de leur histoire.
Dans le prolongement de cette table ronde, celle sur le Numérique aura aussi été riche en enseignements avec, au centre des attentions, Dominique Mishiga, le Conseiller spécial du Chef de l’Etat en charge du numérique. Ce dernier a brossé une esquisse du Plan National du Numérique (PNN) en indiquant que la RDC avait intérêt à rattraper son retard pour se mettre aux diapasons des Etats qui ont pris une longueur d’avance dans ce domaine. L’enjeu pour la RDC aujourd’hui, a-t-il dit, est d’assurer la « transition numérique » tout en résorbant les disparités criantes observées dans ce domaine au niveau de différentes couches de la population. Et d’ajouter que la chance pour la RDC est d’avoir à la tête du pays, un Chef de l’Etat jusqu’au boutiste qui tient à inscrire son pays dans le peloton des inventeurs des technologies et équipements numériques du XXIe siècle. Le Conseiller spécial du Chef de l’Etat a aussi appuyé l’émergence d’une culture numérique dans le pays qui soit véritablement ancrée dans les esprits. Il a aussi plaidé pour des reformes à faire notamment au niveau du cadre légal par rapport aux investissements attendus.
« FEMMES, REVEILEZ-VOUS ! »
La gent féminine n’a pas été en reste au cours du forum Makutano qui lui a consacré tout un panel spécial décliné sous la thématique « Women in business : l’indispensable communication au féminin » avec pour oratrice principale, la distinguée première Dame, Denise Nyakeru Tshisekedi. Adoptant une posture interpellatrice vis-à-vis d’une assistance féminine visiblement attentionnée avec, aux premières loges, Ellen Johnson Sirleaf (84 ans) – ancienne présidente du Libéria et prix Nobel de la paix -, Mme Denise Nyakeru est revenue sur son sempiternel credo lié à l’autonomisation de la femme congolaise. Sans ambages, elle a exhorté celle-ci à se lever, hic et nunc, pour prendre ses marques dans la société et s’émanciper. «Toute femme est une guerrière en sommeil. Et il faut réveiller ce don, qualités qui sommeillent encore en elle », a-t-elle précisé tout en plaidant pour un leadership féminin responsable et capable d’impacter le monde. La présidente de l’Assemblée nationale Jeanine Mabunda a, quant à elle, exhorté les femmes à se positionner là où se prennent de grandes décisions. « Ce n’est que de cette façon qu’elles pourront changer l’histoire et mieux défendre leurs intérêts », a-t-elle déclaré.
Le climat des affaires avec, en filigrane, cette exhortation « Osons un partenariat public-privé ! », il en a aussi été question dans un panel spécial auquel a prit part le président du patronat congolais et PCA de la Gécamines, Albert Yuma. Ce dernier a fait part de ses convictions profondes par rapport à l’avenir économique de la RDC. La lutte contre la pauvreté, selon lui, est l’élément essentiel qui déterminera la capacité du pays « à œuvrer comme une nation homogène et solidaire » et celle d’offrir à ses fils et filles les conditions d’une vie meilleure. Tout en soutenant le développement de l’investissement, il a plaidé pour la création d’un fonds souverain censé canaliser tous les flux financiers issus de l’exploitation des minerais. Il reste convaincu que dans trente ou cinquante ans, ce fonds, s’il est bien tenu, pourrait générer jusqu’à 30 milliards de dollars en un temps réduit. Du droit OHADA à la réduction des taxes en passant par la révision de certains textes de loi sur la promotion de l’exportation devenus obsolètes, la coordination des politiques publiques en matière d’investissements, la lutte contre la corruption et la mauvaise gestion, la reforme fiscale etc, tout a été passé au peigne fin dans ce panel plutôt riche en enseignements.
PROFESSIONNALISER LE SPORT !
« L’industrie du sport : le big business oublié ». Le président de la Fédération congolaise de football association (FECOFA) était sous les feux des projecteurs dans ce panel consacré au sport qui a connu la participation de la star internationale du football Samuel Etoo. Constant Omari a plaidé pour la création des infrastructures sportives au niveau national si la RDC a l’ambition d’être compétitive dans ce secteur. Tout en fustigeant l’absence d’une réelle volonté politique à booster le sport national, il a indiqué que l‘heure est venue de professionnaliser le sport congolais via une série des reformes courageuses à engager. Les équipes de football, a-t-il dit, devront quitter leur statut d’Asbl pour évoluer vers des Sociétés anonymes (SA) à objet sportif. Et d’inciter à une réelle promotion managériale du sport en RDC, ainsi qu’à la révision des lois sportives devenues caduques.
En sa qualité de diffuseur, la Directrice général de canal Plus, Mireille Kabamba a, quant à elle, évoqué les difficultés à rentabiliser la diffusion des matches du championnat national dont la qualité en termes d’images et d’infrastructures posent problème. Bien plus, a-t-elle ajouté, il n’existe aucune loi protectrice pouvant rassurer le diffuseur par rapport à la piraterie. D’où la réticence de Canal plus et d’autres opérateurs du secteur à s’hasarder sur un terrain qu’ils ne maitrisent pas. L’occasion était par ailleurs donnée à Samuel Etoo d’annoncer sa retraite internationale. « J’ai besoin de me reposer, j’ai couru pendant vingt-quatre ans et je pense qu’il est temps que je profite avec mon épouse et mes enfants. Dans quelques mois, vous me verrez en train de faire autre chose », a déclaré l’un des joueurs le plus capé du continent, non sans émotion.
A tout prendre, la cinquième édition de Makutano aura été un grand moment d’évasion scientifique, d’échange et de partage. L’Afrique s’est, à nouveau, rencontrée pour parler de ses problèmes et scruter des pistes de solution. De quoi devoir une fière chandelle à l’organisation et tout particulièrement à Mme Nicole Sulu sans laquelle ce forum, n’aurait peut-être jamais existé.