Éducation

Gratuité de l’enseignement

24 août 2019
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L’une des vertus que l’on peut reconnaître en Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, c’est son obstination à vouloir concrétiser, à n’importe quel prix, ses engagements. Lorsque dans son discours d’investiture, en janvier 2019, il fit la promesse de mettre fin à la fameuse « prise en charge des enseignants par les parents », très peu lui accordaient le moindre crédit. Qualifiant cette situation d’injuste au point de lui trouver une alternative avec l’instauration de la gratuité de l’enseignement fondamental, le Chef de l’Etat venait de toucher l’un des points sensibles qui gangrènent le système éducatif congolais. Ceux qui avaient réduit cette promesse de campagne en une simple vue de l’esprit destinée à appâter un électorat réputé aléatoire, devraient aujourd’hui se raviser face à sa ténacité à faire de la gratuité de l’enseignement de base, une réalité vivante en République Démocratique du Congo. 

En dépit des obstacles qui, d’ores et déjà, se dressent au travers de ce projet ambitieux en plus des implications logistiques, Fatshi ne lâche rien. Jusqu’au-boutiste, n’écoutant que la voix de sa propre raison, il a prit le pari d’offrir, dès la rentrée scolaire de septembre 2019, la chance à tous les enfants congolais en âge de scolarité, d’accéder à l’éducation et ce, sans discrimination. Il s’agit là d’un des plus grands défis auxquels devra faire face rapidement le premier gouvernement de son quinquennat. Félix Tshisekedi sait qu’il joue gros sur son avenir politique, mais l’irréversibilité du projet l’astreint à aller de l’avant. D’où la tenue, sous le Haut patronage de la présidence de la République, de la deuxième table-ronde nationale sur la gratuité de l’éducation de base qui s’est tenue à Kinshasa, du 22 au 24 août 2019. Un moment fort qui a vu les officiels, les experts, les syndicalistes et autres intervenants du secteur échanger autour des mécanismes à mettre en place pour matérialiser la gratuité de l’enseignement au niveau primaire dès la rentrée scolaire prévue le 2 septembre prochain.        

Dorénavant, l’Etat prendra en charge les frais de scolarité de l’éducation de base dans les établissements publics au niveau du cycle primaire pour un coût global évalué à plus de 4.225 milliards de Francs congolais par an, soit près de 2,6 milliards USD. Ce qui représente plus de 40% du budget de l’État pour l’année en cours, chiffré à un peu moins de six milliards de dollars pour 80 millions d’habitants. De quoi faire tomber à la renverse les sceptiques qui s’interrogent déjà sur les sources de financement d’un tel projet onéreux dans un environnement de restriction budgétaire dans lequel ploie le pays. Bien plus, soutient-on, le budget 2019 déjà insuffisant d’environ sept millions de dollars américains alloué au ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel (EPSP), ne prévoit pas de financer la gratuité de l’enseignement primaire public pour les quatre derniers mois de l’année. D’où question : Où trouver l’argent pour soutenir cette gratuité scolaire? Un questionnement qui n’a pas lieu d’être dès lors que des réajustements quant aux allocations du secteur éducatif sont, dans le cas d’espèce, incontournables. 

   

Avec le nouvel élan ainsi amorcé, des financements innovants seront mises à contribution à l’image de la taxe sur les ressources naturelles en faveur de l’enseignement et une autre de solidarité pour l’éducation destinées à augmenter le financement interne de l’éducation tout en diminuant la pression sur les ménages. Il y a aussi la restructuration du Fonds de promotion de l’Education nationale (FPEN) pour en faire un levier important dans la mobilisation des ressources. En un mot, la quête des ressources supplémentaires est nécessaire non seulement pour payer les salaires des enseignants, assurer les frais de fonctionnement des écoles et bureaux gestionnaires, mais aussi pour atténuer les effets induits de la gratuité. 

A tout prendre, Félix Tshisekedi, à travers cette reforme très attendue, affiche sa détermination à changer la donne éducationnelle en RDC longtemps à la traine de plusieurs Etats de l’Afrique subsaharienne. Son courage mérite d’être salué car, il vient de remettre en cause tout un système mis en place depuis l’ère Mobutu. 

Aujourd’hui, grâce à son leadership, plus de 7 millions d'enfants de 5 à 17 ans évoluant en dehors du circuit éducationnel, peuvent espérer fréquenter les bancs de l'école. Quant aux parents, ils en sont les grands bénéficiaires. A leur avantage, la suppression des frais de minerval, d‘assurances, de fonctionnement et autres, dorénavant pris en charge par l’Etat. Au-delà, c’est un signal fort qu’il vient de donner en faveur de l'accès par tous à une éducation de base, gage du développement de la RDC. Qui dit mieux ?