Société et Politique

L’empreinte de fatshi

21 août 2019
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Les Présidents Paul Kagame (Rwanda), Yoweri Museveni (Ouganda), João Lourenço (Angola) et Félix Tshisekedi (RDC) ont signé, le 21 août, à Luanda, un mémorandum d’entente sur la sécurité et la coopération dans la sous-région des Grands lacs. Un accord qui, par ailleurs, scelle la réconciliation entre Kigali et Kampala en conflit ouvert depuis fin février 2019. 

Une réconciliation déclinée en deux actes, puisque partie de la Tripartite ayant réuni à Kinshasa, le 31 mai, en marge des funérailles d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba, les présidents Félix Tshisekedi, João Lourenço et Paul Kagame. S’en est suivi un autre mini-sommet élargi à l’ougandais Yoweri Museveni, tenu le 12 juillet à Luanda. Les participants ont résolu de régler les différends entre leurs pays par des moyens pacifiques à travers des voies conventionnelles et dans l’esprit de fraternité et de solidarité africaine. Dans la foulée, Félix Tshisekedi et João Lourenço ont été responsabilisés pour faciliter la réconciliation entre Paul Kagame et Yoweri Museveni en froid diplomatique. 

Le réchauffement actuel de l’axe Kigali-Kampala procède, à maints égards, d’un engagement librement souscris par Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo qui, au lendemain de sa prise de pouvoir, s’est attelé à réduire au maximum les tensions dans la sous-région. Il en a fait le leitmotiv de son action diplomatique avec, en toile de fond, d’incessants déplacements vers les Etats voisins aux fins de renforcer la coopération et l’intégration sous-régionale par la prise à bras le corps des questions d’intérêt commun liées notamment à la sécurité et au développement économique. 

Sa démarche a consisté à réaliser d’abord l’intégration au niveau de chaque sous-région, avant de viser sa consolidation au niveau continental. L’activisme affiché par le Chef d’Etat congolais, plus que jamais déterminé à œuvrer pour une coopération globale et agissante entre les Etats de la sous-région, a eu un écho favorable auprès de ses pairs de la Conférence internationale pour les Grands Lacs (CIRGL). Son degré d’implication dans la cause sous-régionale le prédisposait à mener les bons offices entre Paul Kagame et Yoweri Museveni dans une perspective de normalisation des relations entre leurs pays respectifs. Ce qui fut fait. Fatshi a assumé avec brio son statu de médiateur, en synergie avec l’angolais João Lourenço. Il est parvenu à convaincre ses deux aînés quant à l’inutilité d’entretenir un conflit contreproductif tendant à desservir la sous-région plutôt que de la propulser. Après des mois d’intenses tractations, Yoweri Museveni et Paul Kagame ont finalement fumé le calumet de la paix, mettant ainsi fin à une crise devenue ennuyeuse pour leurs peuples respectifs.  

Pour Félix Tshisekedi, il y a de quoi se féliciter car, rien ne présageait un tel dénouement au regard d’accusations d’espionnage, d’ingérence et d’assassinat politique qui fusaient de part et d’autre de la frontière rwando-ougandaise. Le Rwanda accusait son voisin de soutenir des mouvements rebelles qui cherchaient à déstabiliser le pouvoir de Kigali. Ce qu’avait toujours démenti Kampala, accusant de son côté le Rwanda de tentatives récurrentes d’espionnage sur son sol. 

C’est dans ce climat délétère, avec des ramifications extraterritoriales, que la sous-région a évolué, faisant craindre un affrontement redouté entre Kampala et Kigali. Il fallait donc s’interposer, rétablir la confiance, restaurer la concorde et l’harmonie en créant les conditions nécessaires à une vraie réconciliation entre les deux parties. En échos au crédo de Fatshi pour la paix, Paul Kagame et Yoweri Museveni ont résolu de mettre de côté leurs égos pour privilégier l’intérêt de la sous-région. Les deux Chefs d’Etat ont pris l’option de s’engager à œuvrer pour « l’intégration régionale » et une « coopération globale », de s’abstenir de toute action de nature à déstabiliser l’autre partie, et de respecter « les droits et libertés » de leurs ressortissants, de part et d’autre.

Ayant réussi à mettre autour d’une même table Paul Kagame et Yoweri Museveni  sous la bannière de la CIRGL,  Félix Tshisekedi, auréolé par ailleurs de son titre de deuxième vice-président de l’Union africaine (UA), vient d’acquérir une stature sous-régionale qui, indubitablement, augmente son aura dans un espace régional en manque d’un leadership fort et fédérateur.